martine part en Angleterre Oxford
Il paraît qu’il faut voir Oxford, il paraît !
Après la conduite acrobatique à gauche où nous nous faisons klaxonner par les camions dans les ronds-points, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, nous arrivons enfin à la tombée du jour dans la ville des collèges.
Se loger !
On essaie. Les hôtels sont complets ou hors de prix.
Après être sortis de la ville pour se rapprocher d’un « holiday inn » qui a fait les frais d’une pancarte nous décidons d’y laisser une somme impressionnante.
C’est toujours mieux que de dormir dans la voiture.
Mais en sortant du holiday inn, j’aperçois de l’autre côté du parking, dans l’obscurité, une enseigne « travelodge » et le mot « travel » me magnétise.
Il y aurait donc un rapport avec le voyage ! Et nous, nous voyageons !
Allons voir ce que c’est…Si on pouvait échapper à une nuitée à 118 livres sans le petit -déjeuner…
Je pousse une porte sur la pénombre. Au fond une réception nue, juste un comptoir. Pas une chaise, pas un tapis, pas de poster ou d’affiche. Juste un pakistanais hiératique derrière son comptoir qui met une évidente mauvaise volonté à comprendre mes deux mots d’Anglais et une toute aussi évidente mauvaise volonté à me répondre dans une langue intelligible.
Yes…nous ne connaissions pas cette enseigne mais ce sont des hôtels à très bas prix (38 livres quand même) et il reste de la place. Ouf !
En même temps, ce n’est pas pareil que l’hôtel en face construit de façon fort arrogante sur un tertre et illuminé comme Buckingham palace le jour de l’anniversaire de la reine !
Le réceptionniste nous propose à 21h de prendre notre petit déjeuner tout de suite. Nous sommes perplexes.
Il n’y a pas de salle de petit- déjeuner. Ah bon !
On ne peut que déjeuner dans la chambre. Ah !
Nous le prendrons donc demain matin à sept heures trente, et sommes réveillés comme convenu d’un toctoctoc énergique pour recevoir deux poches en plastique. Nos petits-déjeuners !
Des sachets de thé, ou de café lyophilisé, une tasse-plastique de lait, un croissant industriel préemballé, du pain industriel préemballé, des confitures industrielles, des céréales et un jus de fruit, des gobelets…Tout ça dans une gabegie de plastique.
Bon voilà, ce n’est pas le « continental » d’en face mais nous avons un lit, un w-c et une douche.
Oxford n’est pas Sheffield. Il va falloir jouer serré.
Nous laissons la voiture ici et prenons le bus. C’ est une superbe ville où les « moldus » ont enfin une fenêtre ouverte sur le monde des sorciers. Pour ceux qui n’ont pas lu Harry Potter, les « moldus » c’est nous, les non-sorciers.
La ville est une ville estudiantine depuis le 13ème siècle. Lewis Carroll, Oscar Wilde, William Locke entre autres furent ici.
Les collèges sont d’immenses bâtisses parfois labyrinthiques, parfois entourées de parc.
Chaque collège a sa chapelle. Celle de Christ Church est la seule au monde à être une cathédrale relevant d’un collège.
C’est ici que se faisaient le pouvoir temporel et spirituel de la Grande-Bretagne et on dirait que toute l’histoire du pays a fermenté ici.
Treize premiers ministres ont été formés à Oxford.
Rien à voir avec l’institut de physique de Sheffield.
Pas sûre du tout que les étudiants soient boursiers ici !
Il faut voir les immeubles, de grandes bâtisses néo-gotiques avec tourelles et pignons, hautes, larges, imposantes et hostiles envers l’extérieur.
Bon hostile n’est pas vraiment le mot, mais réservé, très réservé, voire fermé.
Les murs sont quadrillés de grandes fenêtres croisillonnées souvent en verre teinté. Sans doute que l’on peut tout voir de l’intérieur vers l’extérieur, quand au contraire…c’est à peine si on entrevoit une lueur de la route.
Les toits sont très découpés, parfois « simili château fort », parcourus de créneaux tout du du long. En fait rien n’est simple, tout juste plat ou carré ou droit, immédiatement compréhensible.
J’imagine des couloirs immenses faisant des tours et des détours, des escaliers qui colimaçonnent en vous donnant le tournis, des piliers derrière lesquels on peut se cacher, des pièces immenses dont on ne voit pas l’autre bout et juste à côté des pièces minuscules comme des placards. Mais pas moyen d’imaginer un plan d’ensemble!
Devant l’un des collèges gît une souche d’arbre gigantesque au bois blanchi par la pluie, j’ai pensé de suite à l’arbre maléfique du parc de Poudlard de Harry Potter ou à la carcasse d’une immense baleine.
Vivre ses années de formation ici est un événement en soi.
Les collèges ont quelque chose des monastères avec leurs cours et leurs préaux intérieurs, le silence et le recueillement en moins. Des endroits propices à la dissimulation, aux ourdissements, aux complots.
Tout est vaste et beau bien que sombre.
Le regard est toujours sollicité par un détail, que ce soient les sols carrelés ou tapissés ou les plafonds peints ou sculptés ou les vitraux aux fenêtres, il n’y a pas de place pour le vide.
Pour le Feng Shui, ce n’est pas vraiment adapté !
Il y a comme un très fort esprit de corps, pourvu que l’on veuille bien l’accepter.
Les portraits de lignées d’élèves, de professeurs, de directeurs de collège prestigieux sont alignés sur les murs comme des arbres généalogiques immémoriaux.
Tout est antique, hiératique et puissant. Il s’agit ici de trouver et faire croître ses racines aux fondements même du pays. C’est comme si Henri VIII ou Cromwell étaient des membres de la famille éloignée, grand père d’un bon ami, ou cousin d’un oncle. A la fois proches et à peine lointain.
On a le sentiment que ce que l’on apprend ici doit rester dans la continuité de ce qui a toujours été. Et surtout ne pas nier ses origines, surtout ne pas cracher dans la soupe.
Nous visitons la salle à manger de Christ Church qui servit de décor pour la fameuse salle à manger de Poudlard de Harry Potter.
Dans Harry Potter tout est identique, mais plus fort, plus magique, animé surtout et moins sérieux.
Pourtant malgré cette pesanteur des alignements de portraits plus rébarbatifs les uns que les autres de visages masculins au regard assuré et pédant, je ressens, mais c’est très personnel sans doute, une pointe d’autodérision.
Les chapeaux melon du personnel de Christ Church y sont sans doute pour quelque chose.
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