martine part en Angleterre Stoke on Trent

 

Nous voilà donc à « gauche » avec l’intention de descendre vers le sud en direction d’Oxford.

Notre étape à mi-journée se fait à Stoke on Trent.

Stoke était au 19ème siècle l’épicentre du monde industriel britannique. Dans de telles proportions que tout était, même la nature, noir de suie de charbon qui était l’ unique combustible à la fois domestique et industriel.

A quelque chose malheur est bon. Le marasme industriel avec la fermeture des usines a permis à la nature de reprendre des couleurs. Comme toute réaction excessive appelle dans la foulée son contraire, la région est maintenant plus que vigilante  concernant la protection de la nature et tente de recentrer son activité vers un tourisme vert.

Elle n’a guère d’autre choix, l’industrie à la papa c’est fini. On ne cherche plus des endroits avec des rivières et des mines de charbon. On cherche des endroits avec une main d’œuvre quasi gratuite, ce qui même dans une Grande-Bretagne post- maggie n’est pas le cas.

La spécialité locale était la poterie, la fabrication de vaisselle. La famille Wedgwood était l’un des plus gros industriels. Cette marque ne fabrique plus qu’une vaisselle de luxe, très belle d’ailleurs mais vraiment très chère.

Nous visitons « etruria » sorte de quartier modèle où l’ouvrier trouvait à se loger sur les lieux de son travail. L’usine est toujours là au bord de l’eau.

La grosse machine qui actionne tout l’ensemble est mise en route une fois par mois par une équipe de bénévoles passionnés.

Je n’ose même pas imaginer quel vacarme devait régner ici quand l’usine fonctionnait. La machine actionne tout un système de broyage d’os et de cailloux. Dans de grands bacs de bois cerclés comme des fûts à vin, d’énormes axes munis de pales en bois tournent sur des cailloux éclatés au préalable dans une cheminée pour en faire comme une poudre blanche, dont un reliquat pulvérulent est toujours présent partout dans l’atelier.

La silicose a du avoir de beaux jours ici !

C’est donc une porcelaine faite de kaolin, d’os, de pierre…si j’ai bien compris toutefois, car là comme ailleurs il n’y a pas de traduction en Français. Le résultat est une porcelaine opaline, d’un blanc un peu translucide.

C’est vrai que les tasses Wedgwood vues au « printemps » ont gardé cette particularité. Certains modèles sont superbes mais bien que soldés elles coûtent encore plus de 60 euros la pièce !

Nous longeons un petit canal et suivons l’activité de jeunes retraités, apparemment des bénévoles d’ « etruria » qui actionnent manuellement les portes des écluses du canal pour laisser passer des petits bateaux de plaisance.

Les maisons comme souvent en Angleterre sont toutes mitoyennes et en brique rouge, très coquettes, elles possèdent toutes un petit terrain qui donne sur le canal. Et ce terrain est l’occasion de laisser libre cours à des fantaisies de jardiniers en herbe.

Et si ce petit bout de propriété agissait comme un exutoire, un petit espace de rêve ?

La décoration de l’intérieur des maisons est le pré-carré féminin, il reste aux hommes ce petit bout d’ extérieur qu’ils peuvent organiser, modeler, habiter psychiquement en y recréant une nature fantasmée qui abrite leurs héros et leurs monstres. Y construire des petites grottes en béton et y cacher des petits nains grimaçants ou y construire de faux puits dont ils repeignent tous les ans avec soin la chaîne qui ne descend nulle part.

Que peut bien raconter ce monsieur à la grenouille en plastique posée sur la margelle de son puits ? Et pourquoi tel autre choisit-il si longuement l’endroit où il va poser le cerf et la biche achetés à la jardinerie !  Est ce un souci esthétique ? Ou plus une représentation symbolique de l’univers de ses contes d’enfance?

Comme si en regardant cette scénette, cet autel au rêve il pouvait  tomber comme Alice dans un tourbillon lui permettant de changer d’époque et de dimension pour  rencontrer un preux chevalier ou un loup qui parle. C’est là qu’il va trouver un trésor, le sien.

Il joue.

Notre voisin place régulièrement ses nains d’une façon différente. Parfois ils tournent le dos à la maison et parfois ils tournent le dos à la route. Pourquoi ?

Les nains sont toujours en proximité des buissons, comme s’il leur fallait une position de repli, une cachette. Ou alors ces buissons seraient-ils la forêt dont les nains viendraient ? Je me pose toujours tant de questions devant les jardins ouvriers !

Ils sont bien plus qu’un simple potager…Bon,revenons à Stoke!

Ici le long du canal, des moutons et de chèvres en plâtre  regardent l’eau couler. Certains se sont construits de petites cabanes de pêche couvertes où trône un fauteuil confortable. Chez d’autres qui manquent d’imagination on retrouve exactement le même mobilier de jardin ou la même remise à outils en plastique que dans les jardins voisins.

Vite, il faut partir vers Oxford pour trouver un hôtel où dormir.


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