martine part en Angleterre on your left side
Adieu Sheffield. Nous prenons la route pour l’aventure…d’autant plus aventureuse qu’elle est à gauche.
C’est dingue comme changer de côté peut désarçonner. Tout est à l’envers. Claude roule, je dirige. Euhh !, je roule et Claude dirige, on ne s’en sort plus. Dès que je dis : attention à droite, nous regardons tous les deux à gauche et inversement.
Le monde me semblait tranché de façon très archaïque en deux parties les oui-non, les blanc-noir, les chaud-froid, en bas-en haut, le bien et le mal…tout cela en respectant l’ordre établi par nos hémisphères cérébraux avec la bosse des maths et celle des littéraires, les « synthétiques » et les « analytiques… », tout ça.
J’aurais eu envie de penser qu’il fallait s’insurger contre cette dichotomie. Que c’est elle qui réduit notre vision à un monde manichéen dans ce désir de ranger tout d’un côté ou tout de l’autre.
Rien n’est blanc et rien n’est noir…c’est gris clair ou gris foncé. De même que quelque chose peut être plus ou moins tiède, plus bas ou moins haut, et qu’il est parfois difficile de définir ce qui est bien ou mal sans compter que les deux peuvent être mêlés !
Mais là, la réalité est toute autre. C’est tranché. La gauche est à gauche et la droite est à droite. Y a pas photo. Cela n’a rien d’abstrait.
Les moyens termes nous mèneraient à la catastrophe…
Il faut rouler à gauche. Obligé.
Si les Anglais sont « so typically british »…serait ce parce qu’ils roulent à gauche ?
Des siècles de latéralisation contraire les mèneraient ils à penser leur monde autrement que nous ? La différence est si difficile à définir entre le monde anglais et le continent. Mais elle est là et elle est puissante.
C’est si radical cet écart qui pourtant n’est que pure forme.
Je me plais à considérer et à l’observer chez moi : -rouler à droite me semble « normal », rouler à gauche est une hérésie, une fantaisie de snobs ou de pervers.
C’est en quelque sorte ce qui détermine chez moi la perception du monde britannique. Ils sont décidément spéciaux, et ce qui le symbolise est cette obstination à rouler à gauche !
En même temps, s’il fallait faire un décompte des « rouleurs à gauche » sur la planète ! Entre la Birmanie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande etc. C’est plus qu’un caprice d’insulaire.
Comme quoi, bien que je désire sortir du monde binaire, je définis ou mieux que définis, je vis dans un univers où certaines choses me paraissent normales, et leur contraire me paraît anormal et non pas tout juste différent.
Je serais toujours confrontée à un implicite réactionnaire chez moi, c’est comme ça, il faut que je m’y fasse.
Lors de notre premier séjour en Grande-Bretagne, nous étions dans une pension de famille avec un groupe de personnes âgées. L’une d’elles Barbara n’était pas contre l’existence du tunnel sous la manche, et acceptait de ce fait de cesser cette rupture entre le continent et l’île. Tous ses compatriotes la regardaient comme un oiseau rare, une bizarrerie de la nature.
Pour eux il n’était pas question d’apporter des arguments, de justifier un choix. C’était une position identitaire. Les îliens tenaient à le rester, parce qu’on ne peut tout simplement pas agir contre la nature.
Il leur semblait que se « raccorder » au continent signifiait en même temps se polluer, se contaminer… on allait droit à la catastrophe.
Barbara était une visionnaire selon eux, à mi chemin entre Dieu et le dr Mabuse. Son indifférence à s’unir au continent transcendait la notion d’identité…Ce peu de cas qu’elle faisait de son identité britannique l’étiquetait en « originale ». On la laissait rêver ses douces fantaisies en souriant comme on sourit aux belles histoires qu’inventent les enfants.
Tout cela pour dire que l’identité britannique n’est pas qu’ une histoire de rouler à gauche. Ceci n’est qu’un petit signe visible, une sorte d’émergence, la neuvième partie de l’iceberg qui laisse entendre que tout le reste est certes caché mais il est bien là.
|
Filed under: en Europe
Devenez fan de ce Blog :