martine rencontre Alice
D’un pays à l’autre, quand bien même nous sommes très proches, il y a des particularités, des détails que l’on croit ne pas trouver chez soi.
Si certains d’entre vous ont vu « Greystoke » le film avec Christophe Lambert, ils ont peut-être repéré comme moi que les chiens dorment sur les lits et les canapés. Dans d’autres films anglais, je me suis appliquée à vérifier ces détails, c’est à dire le traitement fait à l’animal domestique.
Les Anglais, en particulier les Anglais fortunés et nobles possèdent pleins de chiens et les laissent entrer partout, ils vivent avec. De plus l’anthropomorphisme est roi. Ici à Chatsworth, je scrute les thématiques des toiles.
Des groupes de chiens, bouledogues, cockers, épagneuls et caniches jouent sérieusement aux cartes ou discutent. Dans les portraits de princesses et de duchesses, les bichons posent sur leurs genoux, le lévrier irlandais regarde le peintre. On fait faire le portrait du chien préféré posant fièrement devant un domestique. Le chien est adulé.
Pourtant les représentations de chasse à courre, de chasses au renard présupposent des actes d’une grande cruauté. Somme toute, entre petits canidés on aurait pu s’attendre à plus de mansuétude.
Mais qui d’entre nous est à l’abri des contradictions !
Puis je pense à la statuaire. Ce ne sont pas uniquement des représentations d’animaux. Les animaux ont une attitude, un regard… Les lions immenses sur leurs piliers se lèchent les papattes avec des mimiques de chatons. Le sanglier est assis là comme s’il attendait qu’on lui serve une pinte au bistrot. Le loup semble féroce, on voit ses dents, ses griffes sont démesurées.
Il y a une sophistication animalière très british…Les animaux sont « humanisés » certes mais n’en restent pas moins sauvages et surtout indéfinissables, en retour bizarrement on saura que l’humain est à l’égal de la bête. Sophistiqué et énigmatique.
C’est le monde d’Alice au pays des merveilles avec son lapin et son chat bizarres. Doués de parole et imprévisibles.
Dans le parc de Chatsworth un lion fabuleux, tout noir et hirsute semble sortir tout droit des cheminées de l’enfer, un lapin gracile joue le discobole…
C’est un parc fabuleux aux arbres étranges, certains exotiques d’autres endémiques. A la fois ordonné et sauvage, une alliance du jardin anglais et du jardin à la française avec des petits coins, des murailles où se cachent des faunes. Un mélange de sculptures modernes et anciennes. Une étonnante tête de jeune fille en marbre veiné est posé dans le milieu d’une allée avec une forte perspective d’où la ligne verticale du visage semble comme enserrée par les lignes verticales des buis. On y regarde à deux fois ne sachant pas trop si cette sculpture est proche ou éloignée, si elle est réelle ou si c’est une image projetée.
D’autres buis sont taillés comme des zizis et penchent plus ou moins !
Des cascades artificielles jaillissent de la colline. Ailleurs un large escalier d’eau coule tranquillement vers le château.
Un lieu, pour jouer, se cacher, avoir peur et se perdre.
Du coup le château gagne en amabilité. Il me plait plus. Je me suis apprivoisée, je me suis faite à ce carré fastueux qui tempère la fantaisie délirante du parc. Il est presque rassurant sous ce ciel tourmenté. Des cumulus, noirs et blancs portent leurs ombres immenses sur les arbres et les prés.
Il pleut puis le soleil resplendit.
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