martine en chine 4 X’ian suite

Nous réintégrons notre voiture et en route vers le tumulus, une colline verte dont tous les côtés sont égaux et un escalier en son milieu pour la gravir. En fait cette colline n’est rien, comme ça en apparence, et nous grimpons avec le seul but de voir un paysage. Mais en elle, sous elle, est enterré un empereur avec l’inévitable trésor qui va avec.

Le bruit court que sous cette colline-sépulture qui doit rester inviolée, il y a des rivières de mercure qui ne demandent qu’à s’écouler pour empoisonner toute la région en cas d’ouverture. Et les mesures de mercure dans le sol environnant témoignent effectivement d’un taux très élevé de ce métal. Des machines sophistiquées ont radiographié le site à partir d’un hélicoptère et on verrait très nettement que la colline est creuse par endroits. Donc toujours ce même bruit qui court affirme que les autorités ne cherchent pas, car elles seraient technologiquement trop peu équipées pour pouvoir aborder toutes ces incertitudes comme la présence de mercure et tous ces pièges devant être déjoués pour entrer dans le tombeau !

Pour les Chinois il y a beaucoup de montagnes sacrées, monter et accéder à quelque chose en montant a une forte valeur symbolique. Je ne sais pas si monter ici doit avoir cette valeur mais le site est très apprécié et nous ne sommes pas seuls. Tout en montant sur cette colline qui sert à la fois de verger j’observe une pratique surprenante. Les fruits sont tous emballés sur l’arbre d’un sachet en plastique très inélégant. C’est comme un choc entre l’ancien et le moderne et ici le moderne est largement perdant. Une fois en haut nous admirons le paysage. Derrière nous des montagnes assez basses et devant une vaste plaine avec des vergers à perte de vue.

En taxi nous roulons à présent vers les thermes. Je ne sais plus si c’est à l’entrée des thermes ou à l’entrée du tumulus que deux soldats chinois costumés, comme dans le site que nous avons visité le matin, encadrent la porte d’entrée. C’est assez bizarre de voir que ces deux soldats vivants et en couleur n’ont absolument plus rien de commun avec les statues du matin.

C’est donc ici un lieu de thermes avec des sources d’eau chaude, un parc avec les petites rivières, les petits ponts en arc, les petites maisons aux toits recourbés et les inévitables poissons rouges dans l’eau…Mais en fait c’était le lieu officiel de baignade de l’empereur,  de l’impératrice et des concubines, où chacun avait sa baignoire -belle baignoire au demeurant- plus proche du bassin de piscine que de la baignoire-sabot !

Il y a vraiment foule. Beaucoup de groupes de Chinois sont là avec leurs guides qui courent une course effrénée. Là aussi ça a l’air d’un conflit entre les anciens et les modernes. La plupart du temps les guides sont des jeunes femmes qui parlent dans un mégaphone pour tenter d’être entendues dans la cohue. Et les foules chinoises sont loin d’être discrètes, personne ne parle plus doucement.

Penchés au dessus du bassin de l’impératrice nous assistons, hilares, au combat de deux guides. D’un côté une jeune femme à la petite voix, assistée de son mégaphone et de l’autre un monsieur d’âge mûr sans assistance technique, sinon un sifflet d’arbitre auquel il a souvent recours pour mobiliser l’attention de son groupe et sa voix de stentor dont il augmente le volume progressivement pour couvrir le bruit du mégaphone tout en regardant d’un œil menaçant la guide de l’autre groupe. Le mégaphone ne fait pas le poids.

Puis retour à X’ian, un peu de repos dans la chambre et nous partons visiter le centre historique de X’ian. Il fait nuit et c’est une féerie de couleurs, de bruits, d’odeurs et de monde. Tout un quartier incandescent de guirlandes électriques multicolores où règne en maître le culte de la « nourriture ». En fait il faut imaginer que tout est dans la rue.

Tous les restaurants sont ouverts. La viande se cuit à l’extérieur sur des braseros ou des grills, sous forme de brochettes ou dans des marmites, régulièrement réapprovisionnées avec une sorte de galettes de charbon. La spécialité de la région sont les fruits secs. Il y a d’énormes étals d’agrumes, prunes, mirabelles, kiwis et bananes séchées. On vend aussi une variété de grandes noix rôties et salées que nous adorons et des friandises sous forme de sucettes avec une pâte de riz gluante trempée dans des arômes multicolores que chaque client choisit à son goût. Dans cette foule bigarrée, quelques femmes voilées, quelques hommes avec des calottes blanches, et des vélos et scooters qui font hurler leurs sonnettes et leurs avertisseurs pour essayer de passer.

Vous savez sans doute que les Chinois sont de grands cracheurs devant l’éternel et j’observe un jeune homme entre deux grills à brochettes qui racle sa gorge avec soin jusqu’au moment où il nous voit et là il stoppe net son projet du départ et attend que nous soyons passés pour cracher sur le trottoir. Les pauvres ont subi des campagnes acharnées de savoir-vivre où on leur explique que les « laowaïs » ne crachent pas et trouvent ça dégoûtant. Cela dit, l’habitude est plus qu’une habitude, c’est quasi un rite ancestral et tout le monde crache.

Nous choisissons un restaurant et mangeons très bien comme d’habitude en nous passant toutefois d’alcool car ici il n’y a pas de Tsingtao, c’est vrai que le quartier est musulman.

Demain nous irons voir une autre armée de soldats qui se trouve tout près de l’aéroport de X’ian. Après nous y laisserons Titi et Lisa qui rentrent à Pékin. Toujours avec notre chauffeur attitré nous allons voir ce deuxième site de soldats enterrés moins connu que celui que nous avons vu la veille. Le musée a subi des influences occidentales. C’est tout neuf, nous passons des couloirs sombres avec des animations sous forme de films etc…A l’entrée nous avons du chausser des « sur-chaussures » en papier, comme en salle d’op.

Ici nous déambulons sur les soldats, le cheminement est en verre transparent et parfois un escalier nous permet de descendre et d’avoir les fouilles à notre hauteur. Ce sont comme des poupées qui sont enterrées en procession. Elles font à peu près 70 centimètres et sont toutes nues. Elles sont en terre cuite mais nues, car elles étaient habillées de tissu et non pas peintes comme les statues de la veille. Elles n’ont plus de bras, ceux-ci étaient articulés et en bois. Et bois et tissus se sont dégradés avec le temps. Le fait que les poupées soient nues et pourvues d’organes génitaux visibles a été très important pour les historiens travaillant sur ces sociétés. En effet la surprise était de taille en observant le grand nombre d’eunuques.

Cet empereur devait être particulièrement gourmand car en même temps que son armée, il y a des troupeaux gigantesques d’animaux de boucherie, cochons, chèvres, moutons, chiens et bœufs. Mais tout n’est pas fouillé, ni ici, ni là où nous étions hier. Qui sait il y a peut-être encore beaucoup d’autres troupeaux, légions, cuisines de campagne qui attendent d’être découvertes.

Finalement le créateur des « playmobil » n’a rien inventé.

L’effet produit par ce site n’a rien de comparable avec l’autre et je pense que la taille des statues y est pour beaucoup. C’est vrai qu’ici on se trouve devant la réplique d’une immense maison de poupée.

Comme prévu nous déposons les enfants à l’aéroport et rentrons à X’ian avec notre chauffeur de taxi. Nous, nous prendrons un avion demain pour aller à Chongqing où nous prendrons le bateau de croisière que nous avons réservé.

Nous convenons avec notre chauffeur d’une heure de rendez-vous pour aller à l’aéroport puis nous rentrons à l’hôtel.

Quand je regarde par la fenêtre je vois partout des petits immeubles collectifs avec des toits plats et sur chaque toit il y a des capteurs solaires dont la filerie entre dans les différents appartements par des trous faits à côté des fenêtres. Sur certains toits, il y a même des citernes d’eau et à côté de tout ça des volières avec des pigeons. Un monsieur vient la clope au bec soigner ses pigeons et les laisser voler un peu. Quand je regarde la nuit par la fenêtre, que ce soit à minuit ou plus tard, je vois au loin des chantiers éclairés par des baladeuses avec des ouvriers encasqués qui travaillent. Ce qui se voit le mieux c’est la pluie d’étincelles du feu des soudeurs et dans la nuit on ne voit que ce feu et le masque du soudeur sur son ouvrage. Je ne reste pas debout suffisamment longtemps pour voir la vie se ralentir la nuit. La circulation, le bruit, l’activité semblent ne jamais s’arrêter. On peut aller chez le coiffeur et s’acheter des chaussures le soir à 22h.

Et quand je me réveille le matin à 6h j’entends déjà les bruits de la ville . Dans le « hutong » de Pékin exempt de circulation automobile, c’est comme une bande son des années 50. J’entends les gens se héler sympathiquement, se dire bonjour, j’entends les vélos qui passent quelques scooters, une bande son pouvant coller avec une photo de Robert Doisneau voyageant en Chine !   C’est cela même, nous serions 60 ans en arrière dans une société optimiste en pleine croissance, très désinvolte, sans distance face à cette nouveauté qui est la consommation. En un sens c’est agréable.

Nous repartons pour le centre historique de X’ian où nous savons qu’il y a la plus vieille mosquée de Chine. Nous l’avons déjà cherchée hier mais il faisait nuit…et nous avions faim.

Nous sommes donc à nouveau dans ce quartier fou, très animé, bruyant, où tout le monde mange, à la recherche d’un endroit sacré, et au détour d’un chemin face à des échoppes qui vendent des colifichets pour touristes, nous tombons presque par hasard sur cette mosquée.

Ce n’est pas juste une maison ou un immeuble, en fait c’est un centre religieux si l’on peut dire qui en pleine ville, dans une cohue impossible à décrire est un havre de silence et de paix. C’est d’une douceur incommensurable. Nous entrons dans un espace rectangulaire  par l’un des petits côtés. Et dès cet instant nous entendons les oiseaux, le récit des élèves de la madrassa…En pleine ville nous déambulons dans un jardin avec des arbres, des fontaines…la mosquée date du 14ème siècle, à gauche et à droite des longères en brique et bois aux toits recourbés vers le ciel avec des lettres arabes. Dans le milieu des kiosques se suivent jusqu’au fond du rectangle où se trouve la mosquée en elle même magnifique, jonchée de superbes tapis. C’est vraiment un havre de paix.

C’est une belle façon de quitter cette ville.


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