martine en chine 2 Tianjin
Le mini-bus nous dépose à l’hôtel. Ce soir nous irons à l’aventure, c’est à dire au restaurant.
Demain c’est un grand jour, nous partons pour Tianjin, voir où habite notre trésor, Lisa.
Pour aller à Tianjin nous prenons un train à grande vitesse dans une gare au sud de Pékin. Elle vient d’être construite, elle est ultra- moderne et Tianjin en est l’une des destinations principales. Toutes les vingt minutes un train s’en va. Malgré cela nous devons attendre plus de deux heures pour avoir des places. Pendant ce temps là nous achetons un sandwich et un café. Le café est aussi cher que le taxi. Les produits occidentaux sont très prisés et en même temps très, très chers. Malgré cela de nombreux Chinois se payent du café, sans doute que certains d’entre eux ont des salaires très importants. Lisa nous a acheté un petit dictionnaire avec quelques phrases-clés pour communiquer tout en nous précisant qu’il était vain de vouloir parler en Chinois, la langue est trop difficile.
Dans cette gare immense, le grand hall d’accueil très clair est départagé en plusieurs espaces d’attente qui sont en fait des salons avec tables basses et fauteuils pour que les voyageurs soient installés confortablement. En fait, Tianjin était le lieu des épreuves de football des jeux olympiques qui viennent de se dérouler il y a quelques mois. La gare toute neuve, avec son TGV, ont été construits pour les jeux. Nous nous installons au milieu de ce qui semble être toute une famille en voyage et le vieux monsieur face à moi n’y tenant plus, me demande où nous allons. C’est le moment de sortir le dico, j’ai deux heures pour m’exercer. Et miracle, il me comprend. Et je peux même lui dire que notre fille habite à Tianjin. Nous sommes heureux tous les deux, lui comme moi de cette communication sommaire certes, mais réelle.
Lisa est abasourdie et enchantée de nous voir son père et moi bien plus à l’aise que ce qu’elle imaginait au départ. Nous nous installons dans le train et Claude se trouve dans le rang derrière moi. A côté de moi se trouve une dame, et à côté de cette dame un Français, qui me demande s’il peut parler avec moi. Pour avoir juste le plaisir de parler sa langue qu’il pratique peu ici. C’est un ingénieur qui vend des panneaux d’affichage lumineux dans toute la Chine et parcourt le pays en tous sens, accompagnés d’un traducteur avec lequel il parle en Anglais et d’une secrétaire. Le trajet entre Tianjin et Pékin est rapide. J’ai pris soin d’emporter l’adresse de l’hôtel que Lisa nous a réservé en caractères chinois pour que le chauffeur de taxi puisse le lire.
Les taxis, comme partout, ont leur fonctionnement propre. Il y a des taxis officiels avec des tarifs officiels bien plus avantageux que les taxis officieux qui se précipitent sur vous dès votre arrivée dans une gare ou un aéroport. Mais le taxi officieux au moment où il annonce son tarif semble encore si bon marché que dans la hâte on ne sait plus !…En arrivant à Tianjin quelqu’un nous assaille et nous entraîne derrière soi dans un parking souterrain complètement désert. Quand nous arrivons vers le taxi, le chauffeur alerté par les cris de notre rabatteur, tente de convaincre la famille chinoise déjà prête à être emmenée que finalement il ne fera pas la course avec eux, pour nous privilégier nous, qui sommes sans doute de bien meilleurs payeurs. La situation très désagréable pour nous comme pour les clients précédents est si pénible, que nous nous éclipsons à la hâte, remontons à la surface, sortons de la gare et prenons comme tout le monde un taxi dans une file régulière.
Nous avons de la chance, le chauffeur sait lire car se retrouver sans possibilité de communiquer et avec un chauffeur analphabète nous met dans des situations inextricables. Souvent les taxis ne s’arrêtent même pas en voyant que nous sommes étrangers pour éviter ainsi toutes ces complications.
Tianjin est une petite ville de province chinoise de 10 millions d’habitants. L’Ibis où nous allons se trouve à l’autre bout de la ville. C’est l’hôtel où habitaient Lisa et Thibaut avant de trouver leur appartement et notre fille a réservé pour nous. L’Ibis ressemble à tous les Ibis de la planète. Il se trouve face à un terrain vague avec de petites maisons en cours de démolition dont les dernières pièces sont encore habitées. J’ai hâte de voir ma fille. Elle est en cours et nous en profitons pour faire une petite sieste. Je regarde une comédie à la télé chinoise, un film avec Jacky Chan absolument désopilant et le scénario est suffisamment simple pour que je puisse me passer de comprendre le chinois. Puis nous reprenons un taxi qui va nous emmener chez les enfants. La nuit tombe et nous roulons au moins une demi-heure avant d’arriver. Les villes sont si grandes et parcourues d’immenses boulevards qu’il faut souvent préciser le nom du boulevard mais aussi sa situation, c’est à dire « boulevard du président Mao –sud ou nord-. » si on ne veut pas marcher trois ou quatre kilomètres dans un sens ou l’autre. Le chauffeur nous emmène et Lisa nous a dit que son quartier se trouve à côté du stade de football ; mais quand le taxi s’arrête il n’y a pas de stade et ….il parle et parle encore en chinois sans que nous comprenions quoi que ce soit. Finalement nous appelons notre fille au téléphone et celle-ci nous demande à parler avec le chauffeur. S’ensuit une longue conversation très animée qui nous plonge Claude et moi dans une perplexité totale : comment fait-elle après trois mois de vie en Chine pour parler avec tant d’aisance une langue aussi difficile ? Ce n’est que plus tard que nous saurons que faisant des courses au supermarché, elle s’était adressée à une cliente parlant l’Anglais, et celle-ci parlait donc au téléphone avec notre chauffeur en faisant la traduction.
Bien que nous soyons sur la bonne avenue, il nous faut encore cinq minutes en voiture pour arriver. Ca y est, je la vois, elle est là. Au bord de la route un sachet plastique en main avec ses petites courses, elle nous attend. Ils habitent tous deux dans un quartier résidentiel clôturé et gardé. Ces quartiers sont très fréquents et sont habités par de jeunes cadres chinois et des expatriés. Il y a une piscine, un terrain de tennis, une salle de sports… tout est payant bien sûr. Toute la gestion de ce quartier est faite sur place. Dès que quelque chose tombe en panne, il suffit d’appeler les techniciens qui sont là nuit et jour. L’appartement appartient à un jeune couple, il est entièrement équipé et nos enfants en sont les premiers locataires. L’eau et l’électricité se rechargent sur une carte à puce auprès des techniciens mais nos enfants ne le savent pas et Lisa se retrouve toute savonnée sous la douche qui s’est arrêtée soudain. Elle me montre la vaisselle que leur propriétaire a acheté sur leur demande. Elle a acheté deux plats rectangulaires devant servir d’assiette et un hachoir en guise de couteau de cuisine ! Il n’y a pas de casserole mais un grand wok. Lisa voulait une petite casserole pour chauffer de l’eau pour un thé ou cuire un peu de riz et la dame a acheté un cuit-riz électrique absolument monumental. Au dessus de la douche il y a un chauffage électrique d’appoint sous lequel on a l’impression de rôtir avec deux grandes résistances qui se chauffent au rouge quand on l’allume, un vrai grill.
Les enfants voulaient une petite table et deux chaises de jardin pour mettre sur la terrasse, ce qui a paraît-il beaucoup surpris les propriétaires. En effet, la ville de Tianjin est si polluée que tous les jours une poussière brune se dépose partout. Il n’y pleut pas, l’air est très sec et de ce fait cette poussière n’est jamais lessivée. L’air est parfois trouble tant il est saturé de poussière et le fait qu’il y ait partout des chantiers de démolition et de reconstruction n’arrange rien à l’affaire. Nous prenons l’ascenseur, il n’y a pas d’étage « 4 » ni « 14 » qui portent malheur..
Je suis rassurée de voir que notre fille habite au chaud, au propre dans un pays où l’ambiance est douce et agréable, où les gens sont gentils et serviables. C’est un pays où je ne ressens aucune hostilité, aucun stress….c’est à cent lieues de ce que j’imaginais. Ils habitent un appartement d’une pièce en L avec une belle cuisine, une salle de bains avec toilettes et une vue sur un immense terrain vague qui sera bientôt en construction.
Nous allons au restaurant avec eux et là enfin, par le biais de Titi qui se débrouille en Chinois, nous pouvons choisir de façon plus précise. Les restaurants sont souvent très grands et très éclairés avec sur l’un des murs des étagères où les plats sont présentés sous cellophane. Tout le monde examine les plats et choisit devant les étagères. L’emballage sous plastique et le fait que les aliments ne soient pas cuits sous cette lumière blanche et éblouissante me coupent l’appétit. Ce n’est absolument pas appétissant et pourtant….quand les plats viennent à table avec tous ces légumes multicolores, les fritures, les viandes en sauce, les crevettes plus le riz immaculé…l’appétit me revient. En Chine on mange tout en buvant du thé ou de la bière. La Tsingtao est la Kro chinoise et n’est pas loin d’être la bière la plus vendue au monde. Nous faisons comme tout le monde et laissons les déchets de notre repas sur la table et les bouteilles de Tsingtao s’aligner les unes à côté des autres.
Là où en France il y aurait un employé, il y en a cinq en Chine. De ce fait tout le monde est disponible et rien ne se fait en courant. Les femmes sont souvent en « qipao » cette robe longue traditionnelle moulante et fendue sur le côté avec des manches toutes courtes et un petit col mao.
C’est bon, c’est décidément très bon. même si nous peinons à identifier certains mets, même si la nourriture est globalement plus épicée qu’en France, manger est comme une fête avec un feu d’artifices de couleurs sur les tables et ….cette joie que l’on ressent auprès des autres convives !
Demain nous irons acheter des billets d’avion pour emmener nos enfants à X’ian. Cilia, la copine chinoise de Lisa s’occupera des transactions.
X’ian (dire « chiane ») se trouve en plein milieu de l’empire du Milieu ! et de ce fait X’ian fut autrefois une capitale où habitaient les empereurs mais aussi l’endroit où des empereurs firent construire des mausolées, des tumuli absolument monumentaux à la mesure de leur empire. X’ian est aussi la ville où commence la route de la soie et par ce fait, en tant que but des grands caravansérails, c’est ici que l’on va trouver la communauté musulmane la plus importante de Chine.
Pour l’instant nous passons une nuit encore à Tianjin et tentons de réserver la nuit prochaine à l’ibis de X’ian. Malgré le petit peu de Chinois de Lisa et le petit peu d’Anglais du collectif des réceptionnistes de l’hôtel de Tianjin, cette réservation nous prendra au moins une demi-heure. Nos évidences sont vraiment les nôtres ! Téléphoner à X’ian est toute une affaire, soit la communication échoue ailleurs, soit elle s’interrompt et pour les réceptionnistes les concepts de chaînes d’hôtel sont absolument obscurs. Pour nous il est important de réserver, notre avion arrive vers une heure du matin et nous voulons avoir l’assurance de trouver un lit et une porte ouverte. In fine cette réservation se fait et nous nous sommes inquiétés pour rien. L’hôtel est ouvert toute la nuit.
Pendant nos négociations et nos attentes je regarde le va et vient dans le hall de notre hôtel. Le matin, les derniers habitants du terrain vague se lèvent tranquillement et viennent les uns après les autres chercher de l’eau chaude en cuisine dans leur grande thermos pour se débarbouiller devant sur la route. Ils se brossent les dents dans le caniveau, se hèlent d’un côté à l’autre, viennent faire un petit séjour hygiénique dans les W-C de l’hôtel et tout se fait dans la bonne humeur sans que nous ayons le sentiment que cela gêne les employés de l’hôtel. Bien au contraire, on rit on discute ensemble ! l’un d’eux, sort ses chiens, ses cages à oiseau et lave tout ça à grande eau et dans la bonne humeur.
Pour aller à X’ian nous prenons l’avion à Pékin pour un vol qui dure deux bonnes heures et quand nous arrivons un jeune taxi nous propose de nous emmener à un bon prix. Thibaut s’occupe des négociations, s’assied devant à côté du chauffeur et nous trois nous nous asseyons derrière dans une toyota toute pourrie.
Soit le chauffeur, tout jeune est défoncé à l’alcool de riz, soit il a trop joué aux jeux de rallyes sur sa playstation. La route est vide, bien sûr, il est une heure du matin, et il roule comme un fou. A chaque coup de frein je sens la voiture tanguer de gauche à droite, il roule au milieu de la route et ne freine jamais avant un virage. Il est hilare, ravi de montrer son savoir-faire à des « laowaïs ». Je suis furieuse avec Claude et Thibaut que cette conduite fait rire et surtout ils rient de moi, de mes dernières volontés, de mes commentaires par rapport aux hôpitaux locaux, au rapatriement de mon corps vers la France. Comme d’habitude la peur décuple mon imagination et je me laisse aller à délirer. J’obtiens juste des deux imbéciles que nous ne prenions pas ce taxi pour nos visites du lendemain.
Et ce voyage qui n’en finit pas, quelle idée de construire cet aéroport tout neuf à 40 kms de la ville. Imaginez l’aéroport de Strasbourg à Sélestat, Haguenau ou Saverne !
En Chine, pays communiste -oui oui pays communiste-, on vend et on achète tout. Que de péages sur les routes ! C’est quand même l’occasion pour notre taxi de s’arrêter le pied sur le frein en ondulant de gauche à droite et en visant la guérite du péage en question. Mais à peine passé le péage, on redémarre sur les chapeaux de roue. Quand nous arrivons, je bénis tous les dieux chinois, Mao, Confucius et Lao-tseu, tous, et je sors de la voiture comme si le siège me brûlait..
L’hôtel que j’imaginais à peine éclairé d’une veilleuse avec un réceptionniste baîllant est grand ouvert et éclairé comme Versailles avec plusieurs réceptionnistes s’occupant de plusieurs clients et des gens assis de gauche et de droite qui téléphonent et bouquinent comme s’il était dix heures du matin.
Nous nous couchons dans la même chambre qu’à Tianjin avec les mêmes petits savons, à la même place dans le lit.
Nous sommes vivants, c’est merveilleux.
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