martine part en Angleterre un petit tour et puis s’en vont

Encore « un petit tour  et puis s’en vont ».

Déambulant dans la vieille ville nous entrons dans la « margaret church » équipée de telle sorte que nous suivons de pièce en pièce  des contes de Canterbury écrits par Geoffroy Chaucer.

Chaucer a créé les contes de Canterbury racontant des histoires de pélerins venant à la cathédrale.

Pour ceux qui connaissent Europa Parc, c’est le même principe que dans les « pirates de batavia ». Une voix raconte une histoire que l’on illustre par des personnages qui bougent et des décors qui apparaissent progressivement selon le déroulement des événements.

Bon public nous nous laissons charmer par l’artifice, j’aime tant qu’on me raconte des histoires que je ne m’arrête pas aux décors en polystyrène et en plastique.

C’est un peu « cheap » comme dirait notre fille à côté des pierres fabuleuses de la cathédrale…mais cela nous permet de rencontrer l’univers cocasse de Chaucer.

Demain nous rentrons chez nous et nous avons décidé de mettre notre voiture dans le train.

Ce qui veut dire pour moi : -passer sous la mer !

Je crains les tunnels en montagne et l’idée de passer sous la Manche ne me réjouit pas.

Mais c’est cela ou prendre un ferry avec un vent à décorner des bœufs !

Et mon Claude aimerait tant prendre ce tunnel !

Les hommes sont souvent sensibles aux prouesses techniques, il y a quelques mois l’un de nos objectifs de balade était le pont de Millau, c’est dire.

C’est sûr, il y a de fortes probabilités que le tunnel tienne mais s’il ne tient pas… c’est sûr aussi, on est mort.

Et puis il y a quelques temps, je me souviens de l’histoire d’un train arrêté plusieurs heures dans le tunnel. Pffff…

Donc les touristes que nous sommes réservent un passage par internet, payent en avance et viennent à une heure fixe.

Nous partons de Canterbury pour Folkestone, c’est à une trentaine de kilomètres et nous nous laissons guider par les panneaux jusque devant les guichets. Une voiture belge est devant nous et tente de comprendre ce que l’affichage électronique lui propose. La tension monte dans le couple de belges. Ils se regardent, interrogateurs et perplexes et je vois bien que le mari s’énerve un peu.

 Le mien aussi et il décide de changer de file et de prendre l’autre guichet qui est libre. Nous reculons pour nous présenter à côté.

Pas d’hommes dans les guérites, il n’y a que des affichages électroniques.

Et là, miracle, le guichet nous dit, à nous personnellement sans que nous fassions quoi que ce soit : bonjour Claude Bronner.

Et nous propose dans la foulée toujours par un affichage électronique d’avancer notre départ.

Aussitôt dit, aussitôt fait. La barrière s’ouvre et nous nous garons pitoyablement tout seuls sur un parking immense et vide jusqu’au moment où un immense panneau électronique nous indique qu’il est l’heure.

Nous nous rangeons derrière la file et entrons dans le train, et roulons dans le train derrière les autres voitures.

Voilà, on ne doit pas laisser le contact, on ne doit pas baisser les vitres, on ne doit pas marcher entre les voitures, et on doit mettre le frein à mains. Mais si on veut on peut faire pipi. C’est prévu.

L’Anglais devant nous est un peu tendu. Je le vois bien, il change ses chaussures pour des pantoufles, il ouvre son coffre, le ferme puis le rouvre. Il ôte son gilet puis il le remet.

Il est tendu et moi qui suis occupée à le regarder lui j’ oublie de me regarder moi-même.

Le train démarre, roule longuement à plat et soudain, il descend. On est un peu secoué dans la voiture et le temps de regarder notre itinéraire du retour sur la carte routière et d’ouvrir un livre, nous remontons déjà et roulons dans la campagne continentale.

C’est bien pratique mais je pense à Barbara, à Mary et aux autres qui tenaient tant à la singularité de leur pays. Est ce encore une île ?

 

Avant de monter dans le train, regardant une dernière fois l’Angleterre avant de partir, j’ai vu un cheval gravé sur la colline, comme à Avebury. Et je repense à Stonehenge, à Avebury… et au mur d’Hadrien. J’aimerais bien voir le mur d’Hadrien.

Génial, on peut de nouveau rouler à droite.

 

 

martine part en Angleterre Canterbury

 

Cela pour dire que déambuler dans la cathédrale de Canterbury n’implique pas la sérénité, la paix telles que l’on peut s’y attendre en terre consacrée.

C’est autre chose, c’est différent.

En même temps Becket n’était pas n’importe qui.

C’était bien avant la rupture de l’Anglicanisme.

Dès l’instant où le roi Henri II donna l’archevêché à Thomas Becket, Thomas démissionna de la chancellerie et se racheta une conduite !

Du noceur et bambocheur de première il s’est mis soudain à la vertu en portant le cilice et en lavant les pieds de treize pauvres tous les soirs…Il avait sans doute un tas de trucs à se faire pardonner.

Et un peu comme le grand fumeur qui a cessé de fumer et ne supporte plus l’odeur de la cigarette, il a empoisonné la vie du pape, du roi de France, du roi d’Angleterre pour servir sa foi quand ceux ci l’avaient connu bien moins religieux !

Il voulait d’un clergé souverain ne faisant pas allégeance au roi. Il a donc fui l’Angleterre pour la France, soudoyé le pape et obtenu du roi de France que celui-ci le soutienne contre le roi d’Angleterre.

Quand le roi d’Angleterre a compris que le pape finirait par l’excommunier, il a du céder aux désirs de l’archevêque et Thomas Becket est revenu à Canterbory en gagnant.

Au bout du compte, il a surtout gagné la mort.

Excédés par l’acharnement de Becket, quatre chevaliers de Henri II ont passé l’archevêque par les armes.

La cervelle de Thomas Becket fut éparpillée au pied de l’autel de la cathédrale.

Mais même mort il a continué à leur empoisonner la vie.

Dès l’instant où Thomas Becket, archevêque de Canterbory a été assassiné, la cathédrale est devenue un lieu de pèlerinage.

Et si la grande rupture de l’église anglicane avait commencé à germer là ?

Trois siècles plus tard Henri VIII a ordonné la profanation de la tombe de Becket.

C’était  pour faire cesser le culte des reliques, mais ces reliques -là sont  particulières.

On ne ressent certes pas l’esprit divin souffler sous les hautes voûtes de l’église, mais comme à Oxford, on a l’impression que l’Angleterre s’est faite ici.

Il y a le très impressionnant gisant d’Edouard de Woodstock dit « le prince noir » pour son armure sombre (et son âme semble t-il aussi). Le gisant semble être en cuivre ou en bronze et attend là raide et empesé.

Il luit doucement dans la pénombre.

A côté de son épaule on voit la petite tête mignonne du lion couronné de ses armoiries, comme une peluche l’accompagnant pour l’éternité. Au bout de son corps immense de deux mètres un gros chien veille, couché à ses pieds. Ah ! Ces Anglais et leurs chiens !

Ils sont décidément bien nourris de viande les aristocrates. François 1er et le duc de Guise étaient aussi d’immenses gaillards.

Au dessus du gisant sont accrochés l’écu, le heaume toujours avec le lion, la tunique, les gants en métal articulé et l’épée.

Même en ayant les mains jointes comme pour prier, la figure d’Edouard de Woodstock reste inquiétante avec sa grande cotte de maille sur la tête et sa moustache altière.

Les articulations de ses gants d’armure sont hérissées de pointes métalliques et des dragons sont forgés sur sa tunique.

Il est couché derrière des grilles, on ne peut pas l’ atteindre mais quelque part je suis contente de pouvoir garder un peu de distance …

Ce qui me touche le plus ici, c’est d’entrevoir le reste de périodes plus anciennes. Voir ces fresques murales presque effacées, dont les peintures deviennent évanescentes. Il faut presque deviner les images. J’entrevois un corps féminin nu et diaphane entre les bois d’un grand cerf, une forêt d’arbres tous pareils, des personnages aux visages effacés, des chevaux harnachés et des chiens, toujours des chiens …

Pour finir nous visitons une tour de fortification servant de prison.

On y expose des casques, des armes, des menottes, des arquebuses, des entraves avec des chaînes… et de là haut nous pouvons admirer la cathédrale sous un autre angle.

martine part en Angleterre Avebury….avant Canterbury

 

C’est en fouillant sur le net que j’ai trouvé les vues d’avion d’Avebury.

Très éloquentes. Le cercle est parfait mais il est si grand qu’ il est difficile de le visualiser en marchant sur le site.

Une fois de plus, les explications sont impossibles. Il y a certes un fossé mais il ne relève pas d’une place forte, le creux étant à l’intérieur. Certaines pierres sont grandes et d’autres sont courtes et trapues. Des petits malins en ont déduit que les grandes sont mâles et les petites et trapues sont femelles !

Mais où la goujaterie va t-elle encore se percher ? Je vous le demande ?

Pour Stonehenge, le site semble hors du temps, détaché de l’Histoire. Ce serait comme si son isolement l’excluait de l’épopée humaine au sens général. Je comprends pourquoi on pourrait penser qu’il est une réalisation extra-terrestre. Il serait comme posé là, sans âge, sans histoire.

En revanche Avebury passant dans le village, fournissant de la pierre de construction, laissant paître les moutons entre les pierres s’inscrit dans une continuité de l’histoire du genre « l’Angleterre du néolithique à nos jours ».

Entre autres mystères, je lis que plusieurs silhouettes de chevaux sont gravées à flancs de coteaux dans toute l’Angleterre et que là aussi : mystère et boule de gomme, on ne sait pas à quoi cela correspond.

Ce ne sont donc pas des publicités pour des fermes équestres !

Cette terre est féconde en rêve, en mystère, en aventure.

Tout me parle. C’était déjà ce à quoi je pensais lors de notre premier voyage en lisant les panneaux sur l’autoroute :- forêt de Nottingham.

J’imaginais qu’il suffisait de quitter l’autoroute par une sortie cachée pour se perdre dans la forêt et croiser frère Tuck et Robin des Bois.

Il nous reste la dernière étape de notre voyage.

Canterbury et sa cathédrale.

Nous logeons dans un manoir, s’il vous plaît, et comble de chic nous dormons dans la suite nuptiale au fond d’ un lit à baldaquins.

Marrant d’ entrer dans la maison en tirant ma valise à roulettes entre les deux gargouilles assises à gauche et à droite de la porte. Comme une mise en bouche avant de visiter la cathédrale

Encore un hôtel où le chef de cuisine est Français ! Nous ne mangerons donc  pas de « peas »…Comme c’est dommage !

Canterbury est une magnifique petite ville médiévale avec les touristes qui vont avec, les rues étroites et pavées, les fortifications, les tours, les maisons étroites aux petites fenêtres, les murs qui penchent vers la rue…

Pour accéder à la cathédrale il faut passer sous un porche avec de multiples blasons en bandeau. Plus haut sur le porche un deuxième bandeau d’anges cette fois ci, tous différents les uns des autres, ils accompagnent une grande statue bleue. Sans doute saint Augustin de Canterbory missionnaire en terre païenne, fondateur de l’église.

La cathédrale était le chef-lieu de l’église chrétienne en Grande Bretagne, tête de pont de Rome et du pape Grégoire.

C’est maintenant La première église anglicane du pays.

Là aussi, comme à Avebury, l’histoire de l’Angleterre se ressent de l’antiquité jusqu’à aujourd’hui. Sauf qu’ici, l’ambiance n’est pas  au « bucolique ».

La cathédrale est immense.

Nous la visitons en la contournant d’abord comme s’il fallait l’aborder progressivement. Des ruines d’arcades subsistent, pierres de granit grises très belles qui s’accordent magnifiquement avec des buissons à fleurs rouges.

J’ai l’impression qu’on a brossé les ruines ! Les arcades, les arcs romans surgissent mats, poreux d’un jaune très pâle et le reste de murs est fait d’un motif irrégulier de damier en granit gris et blanc.

Ces murs ont vécu des épopées sanglantes, incendies et batailles.

Ce n’est pas qu’une histoire de style, briser l’arc roman semble ici plus qu’une évolution en architecture.

Après les ruines nous déambulons dans un cloître qui n’en finit plus.

Les conflits de pouvoir, les manœuvres politiques sont peut-être d’autant plus nombreuses, compliquées et sordides que les cloîtres sont longs et propices à des conversations infinies !

Les sols sont pavés de grandes dalles lisses et irrégulières, les murs sont blancs et les passages de porte toujours en granit sont maintenant des arcs brisés. Grâce à la perspective on voit dans le premier arc tous les autres arcs des portes consécutives comme un emboîtement de  poupées russes.

C’est beau, c’est très beau. Simple et froid. Il y a une odeur d’automne et de pierre fraîche et humide.

Puis le bâtiment se complique, devient de plus en plus sophistiqué. Des arcs plus hauts, plus dentelés se succèdent rapidement. Avant on regardait au loin devant soi, maintenant l’œil est capté par le haut.

Dans l’édifice même, les époques se juxtaposent, se côtoient.

Pour moi une église est un endroit un peu inerte. On n’y vit pas vraiment, on fonctionne un peu au ralenti, en douce. C’est comme un mode- veille. Une fois dans l’église, on marche différemment, on parle moins fort et on ne se dit pas les mêmes choses. Il reste du temps de silence qui permet de regarder autour de soi, comme si on était tenu de ne rien faire sinon laisser un vide, une brèche dans laquelle une présence divine pourrait s’engouffrer.

Et puis on est dans l’abstraction. On ne mange pas. Les rares fois où on avale une hostie, on est gêné par nos mouvements masticatoires qui nous incarnent. Quand on boit du vin on trempe à peine les lèvres sans déglutir. Tout doit être affaire de l’esprit.

Or rien de tout cela ici.

Il y a quelque chose de particulier dans l’anglicanisme qui est, à mon sens et vraiment cela n’engage que moi, un rapport singulier entre l’Eglise et l’Etat. Si je ressens très clairement que l’église luthérienne instrumentalisait l’état dans les pays scandinaves, c’est tout le contraire ici.

La rupture de l’anglicanisme n’est qu’une affaire politique, c’est du moins ce que je perçois et je crois que la réputation sulfureuse de Henri VIII n’arrange rien à la chose. Cette église là s’est construite dans le meurtre. Et c’est ici même, dans la cathédrale, que Thomas Becket fut assassiné parce que l’on doutait de sa loyauté envers le roi.

Dieu n’est pas vraiment là. En revanche les hommes et leurs conflits de pouvoir…

martine part en Angleterre Stonehenge … encore

Nous voici donc, tous les deux, à tourner en même temps que plusieurs centaines d’ autres personne autour des pierres.

Entre la caisse et le site, il y a un petit tunnel qui passe sous la route. Pour nous mettre dans l’ambiance, il est peint de fresques au ton naïf, genre illustration à la « Rahan » comme si on arrivait dans un parc Disney
consacré à la préhistoire.

C’est à la fois dommage et puis cela ne l’est pas !

Dommage parce que ce site est bien réel, autant que les pyramides et le mur de Chine.
Si cette fresque doit appâter le chaland ou promettre des émotions aux enfants, c’est foutu.

Ce ne sont que des pierres et qui ne disent rien d’elles-mêmes. Leur dimension ludique est au degré zéro. On ne peut même pas courir, grimper ou se cacher dans le cromlech, son accès est interdit, on ne peut que le contourner.

Pour les poètes ou naturopathes, toucher les pierres et se resourcer de leur éventuel pouvoir énergisant  ou leur vertu curative est impossible, un ruban rouge nous met à distance.

Et puis ce n’est peut-être pas dommage si cette imagerie naïve amorce et laisse libre cours à la fantaisie. Elles parlent si peu ces pierres qu’il faut bien les aider à dire quelque chose, quand bien même ce serait inventer.

Moi j’aime bien la table des géants.

Et je ferme les yeux devant l’aspect lisse et artificiel du béton permettant de maintenir une pierre en place, et je ferme les yeux quand je lis que quelques pierres ont été dressées par les archéologues début 20ème à une époque où on ne concevait pas l’archéologie en total respect d’un site.
L’archéologue devait être tenté de remettre les choses en place telles qu’il les imaginait  du temps de leur existence ! Le tricheur.

Nous tournons donc et nous les regardons.

Face nord, face sud, avec nuages gris, sans soleil, avec un peu de soleil, de loin, de près, avec plein de monde, avec
des Japonais qui photographient, avec un corbeau perché tout en haut et qui nous regarde en ricanant, avec des touristes en parapluie, d’autres en imperméables…

Et je n’arrive pas à m’en détacher avec mon Claude qui m’attend et s’ennuie un peu, et me gâche tout de ses
commentaires de mec revenu de tout qui me dit que « oui, c’est bien tout ça mais à la même époque les Egyptiens avaient construit des pyramides, le temple d’Abou Simbel et en plus ils écrivaient et les aztèques…blablabla».

Oui, peut-être bien mais qu’est ce qu’il m’énerve !

Moi j’aime bien la table des géants.

Allez, il faut partir.

En épilogue nous visitons Avebury un autre site de pierres levées cerné d’un immense fossé qui forme un cercle.

Rien à voir avec Stonehenge, les pierres plus petites sont partiellement incluses dans un village dont les maisons ont été construites pour partie avec certaines pierres du cromlech.

Les moutons broutent entre les cailloux. Parfois en passant tout près des pierres levées je les frôle. On ne sait jamais. Si je pouvais profiter d’un fluide druidique .

Un chêne immense a poussé sur le bord du fossé. Ses racines dessinent des nervures énergiques sur la pente comme si elles témoignaient d’une activité fabuleuse et souterraine. Des rubans de toutes les couleurs accrochés aux branches du chêne volètent doucement dans la brise. C’est chouette.

martine part en Angleterre Stonehenge

 

A Oxford, cela mérite d’être dit, nous avons visité un musée énorme, recelant des trésors de mondes antiques , d’objets saxons et d’autres choses encore et ce musée était gratuit.

Les employés sont souvent des personnes déjà âgées et je me pose toujours la question de savoir s’ils sont salariés ou bénévoles tant leur ardeur et bonne humeur à la tâche semble sincère.

Dans une tour médiévale nous étions les premiers visiteurs et le gardien, au moins septagénaire nous avait confié les clés de la terrasse de la tour. Cela lui évitait de grimper les escaliers avec sa canne.

Aujourd’hui nous repartons pour la campagne anglaise.

Cap sur Stonehenge dont l’histoire ou disons la non histoire me fascine depuis longtemps.

Nous nous installons dans un hôtel très cosy dans un bourg à quarante kilomètres du site.

Le ciel est couvert mais il ne pleut pas. Un ciel très anglais en dégradés de gris. Parfois une amorce de bleu tente de percer les grosses masses nuageuses, « a Stonehenge weather ».

Sur la pente d’une colline apparaît la silhouette d’un cheval, comme dessiné à la craie dans le vert du gazon. Un trait blanc formant un cheval qui se cabre.  Un peu le style des peintures rupestres, juste une forme.

Peut-être une publicité pour une ferme équestre ou un produit dont ce cheval serait l’emblème?

Puis derrière la colline apparaît un vaste plateau très légèrement vallonné et le cromlech est là, posé sur l’horizon.

En contrebas de la route on voit le parking et l’entrée pour le site.

Que de monde soudain !

Je suis émue à la vue de Stonehenge. Vraiment, je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours voulu voir ces pierres.

L’édifice est tout seul sur cet immense plateau. Les kiosques et caisses sont discrètement cachés par le relief et l’accès se fait par un petit tunnel passant sous la route.

C’est malin, car c’est avant tout un site dont le charme réside dans  son isolement et dans son unicité sur un plateau sans cultures, sans arbres, nu.

Sépulture, lieu de culte ou observatoire astronomique….. trois hypothèses solides.

D’autres hypothèses existent, une table pour les géants qui vivaient sur terre avant les hommes, une construction d’ extra terrestres…

Pourquoi pas finalement. Aucune version n’étant réellement attestée, cela laisse libre cours à toutes les rêveries.

Le plus étrange et incompréhensible est de comprendre comment sont venues ces pierres de plusieurs tonnes. Certaines sont originaires du pays de Galles distant de 250 kms.

La roue n’avait pas encore été inventée !

Penser que ce site a été construit sur une période de plus de 2000 ans présuppose le projet de toute une société, le fruit de croyances qui ont perduré. Il fallait une volonté politique forte et fédératrice, sans doute assise sur des croyances solides pour travailler ainsi dans la continuité et savoir mobiliser tant de monde autour d’un projet commun. Pourtant rien dans la mémoire collective de l’Angleterre ne permet de comprendre la présence de ces pierres.

Alors il reste le lieu de culte druidique.

Oui. Mais le monument précède l’existence des celtes. Ce qui n’empêche pas des « neo-celtes » d’y célébrer tous les ans le solstice d’été.

Bon du moment qu’ils ne font pas de sacrifices humains ou animaux…

Il reste toutefois que déplacer et ériger ces pierres…

Impossible que ce soit le produit d’un seul fou au pouvoir charismatique qui aurait su mobiliser les foules…une folie qui aurait duré des millénaires.

Une folie qui a servi un dessein, mais lequel ?

Marcher sur une planète dont on ignore tant de choses !

Avoir identifié, inventorié, repertorié des générations de dinosaures, de bactéries, de roches…donner des noms à des millions de planètes…marcher sur la lune et tourner autour de jupiter…et ne pas comprendre Stonehenge et ses trois cailloux empilés les uns sur les autres. La science a développé certains domaines dans des proportions fabuleuses et c’est comme si elle avait exploité des domaines à fond tout en négligeant d’autres domaines.

Alors étant quelqu’un qui doute, je me dis que grâce à “la science”, on a penser à des hypothèses qui semblent moins fumeuses que la table des géants parce qu’on les justifie par des preuves que l’on explique comme ça, après coup.

Dans le cromlech certaines pierres dites bleues auraient des vertus curatives. Pourquoi ? Parce qu’on a trouvé le squelette d’un jeune homme portant avec lui des fragments de cette pierre. Les recherches scientifiques ont découvert que ce jeune homme était malade. Donc …hop, facile, un petit saut entre les cailloux et la maladie!

Est-ce une preuve suffisante ?

Je me sens si petite, si dérisoire à l’échelle du temps de la Terre.

martine part en Angleterre Oxford

Il paraît qu’il faut voir Oxford, il paraît !

Après la conduite acrobatique à gauche où nous nous faisons klaxonner par les camions dans les ronds-points, et Dieu sait qu’ils sont nombreux, nous arrivons enfin à la tombée du jour dans la ville des collèges.

Se loger !

On essaie. Les hôtels sont complets ou hors de prix.

Après être sortis de la ville pour se rapprocher d’un « holiday inn » qui a fait les frais d’une pancarte nous décidons d’y laisser une somme impressionnante.

C’est toujours mieux que de dormir dans la voiture.

Mais en sortant du holiday inn, j’aperçois de l’autre côté du parking, dans l’obscurité, une enseigne « travelodge » et le mot « travel » me magnétise.

Il y aurait donc un rapport avec le voyage ! Et nous, nous voyageons !

Allons voir ce que c’est…Si on pouvait échapper à une nuitée à 118 livres sans le petit -déjeuner…

Je pousse une porte sur la pénombre. Au fond une réception nue, juste un comptoir. Pas une chaise, pas un tapis, pas de poster ou d’affiche. Juste un pakistanais hiératique derrière son comptoir qui met une évidente mauvaise volonté à comprendre mes deux mots d’Anglais et une toute aussi évidente mauvaise volonté à me répondre dans une langue intelligible.

Yes…nous ne connaissions pas cette enseigne mais ce sont des hôtels à très bas prix (38 livres quand même) et il reste de la place. Ouf !

En même temps, ce n’est pas pareil que l’hôtel en face construit de façon fort arrogante sur un tertre et illuminé comme Buckingham palace  le jour de l’anniversaire de la reine !

Le réceptionniste nous propose à 21h de prendre notre petit déjeuner tout de suite. Nous sommes perplexes.

Il n’y a pas de salle de petit- déjeuner. Ah bon !

On ne peut que déjeuner dans la chambre. Ah !

Nous le prendrons donc demain matin à sept heures trente, et sommes réveillés comme convenu d’un toctoctoc énergique pour recevoir deux poches en plastique. Nos petits-déjeuners !

Des sachets de thé, ou de café lyophilisé, une tasse-plastique de lait, un croissant industriel préemballé, du pain industriel préemballé, des confitures industrielles, des céréales et un jus de fruit, des gobelets…Tout ça dans une gabegie de plastique.

Bon voilà, ce n’est pas le « continental » d’en face mais nous avons un lit, un w-c et une douche.

Oxford n’est pas Sheffield. Il va falloir jouer serré.

Nous laissons la voiture ici et prenons le bus. C’ est une superbe ville où les « moldus » ont enfin une fenêtre ouverte sur le monde des sorciers. Pour ceux qui n’ont pas lu Harry Potter, les « moldus » c’est nous, les non-sorciers.

La ville est une ville estudiantine depuis le 13ème siècle. Lewis Carroll, Oscar Wilde, William Locke entre autres furent ici.

Les collèges sont d’immenses bâtisses parfois labyrinthiques, parfois entourées de parc.

Chaque collège a sa chapelle. Celle de Christ Church est la seule au monde à être une cathédrale relevant d’un collège.

C’est ici que se faisaient le pouvoir temporel et spirituel de la Grande-Bretagne et on dirait que toute l’histoire du pays a fermenté ici.

Treize premiers ministres ont été formés à Oxford.

Rien à voir avec l’institut de physique de Sheffield.

Pas sûre du tout que les étudiants soient boursiers ici !

Il faut voir les immeubles, de grandes bâtisses néo-gotiques avec tourelles et pignons, hautes, larges, imposantes et hostiles envers l’extérieur.

Bon hostile n’est pas vraiment le mot, mais réservé, très réservé, voire fermé.

Les murs sont quadrillés de grandes fenêtres  croisillonnées souvent en verre teinté. Sans doute que l’on peut tout voir de l’intérieur vers l’extérieur, quand au contraire…c’est à peine si on entrevoit une lueur de la route.

Les toits sont très découpés, parfois « simili château fort », parcourus de créneaux tout du du long. En fait rien n’est simple, tout juste plat ou carré ou droit, immédiatement compréhensible.

J’imagine des couloirs immenses faisant des tours et des détours, des escaliers qui colimaçonnent en vous donnant le tournis, des piliers derrière lesquels on peut se cacher, des pièces immenses dont on ne voit pas l’autre bout et juste à côté des pièces minuscules comme des placards. Mais pas moyen d’imaginer un plan d’ensemble!

Devant l’un des collèges gît une souche d’arbre gigantesque au bois blanchi par la pluie, j’ai pensé de suite à l’arbre maléfique du parc de Poudlard de Harry Potter ou à la carcasse d’une immense baleine.

Vivre ses années de formation ici est un événement en soi.

Les collèges ont quelque chose des monastères avec leurs cours et leurs préaux intérieurs, le silence et le recueillement en moins. Des endroits propices à la dissimulation, aux ourdissements, aux complots.

Tout est vaste et beau bien que sombre.

Le regard est toujours sollicité par un détail, que ce soient les sols carrelés ou tapissés ou les plafonds peints ou sculptés ou les vitraux aux fenêtres, il n’y a pas de place pour le vide.

Pour le Feng Shui, ce n’est pas vraiment adapté !

Il y a comme un très fort esprit de corps, pourvu que l’on veuille bien l’accepter.

Les portraits de lignées d’élèves, de professeurs, de directeurs de collège prestigieux sont alignés sur les murs comme des arbres généalogiques immémoriaux.

Tout est antique, hiératique et puissant. Il s’agit ici de trouver et faire croître  ses racines aux fondements même du pays. C’est comme si Henri VIII ou Cromwell étaient des membres de la famille éloignée,  grand père d’un bon ami, ou cousin d’un oncle. A la fois proches et à peine lointain.

On a le sentiment que ce que l’on apprend ici doit rester dans la continuité de ce qui a toujours été. Et surtout ne pas nier ses origines, surtout ne pas cracher dans la soupe.

Nous visitons la salle à manger de Christ Church qui servit de décor pour la fameuse salle à manger de Poudlard de Harry Potter.

Dans Harry Potter tout est identique, mais plus fort, plus magique, animé surtout et moins sérieux.

Pourtant malgré cette pesanteur des alignements de portraits plus rébarbatifs les uns que les autres de visages masculins au regard assuré et pédant, je ressens, mais c’est très personnel sans doute, une pointe d’autodérision.

Les chapeaux melon du personnel de Christ Church y sont sans doute pour quelque chose.

martine part en Angleterre Stoke on Trent

 

Nous voilà donc à « gauche » avec l’intention de descendre vers le sud en direction d’Oxford.

Notre étape à mi-journée se fait à Stoke on Trent.

Stoke était au 19ème siècle l’épicentre du monde industriel britannique. Dans de telles proportions que tout était, même la nature, noir de suie de charbon qui était l’ unique combustible à la fois domestique et industriel.

A quelque chose malheur est bon. Le marasme industriel avec la fermeture des usines a permis à la nature de reprendre des couleurs. Comme toute réaction excessive appelle dans la foulée son contraire, la région est maintenant plus que vigilante  concernant la protection de la nature et tente de recentrer son activité vers un tourisme vert.

Elle n’a guère d’autre choix, l’industrie à la papa c’est fini. On ne cherche plus des endroits avec des rivières et des mines de charbon. On cherche des endroits avec une main d’œuvre quasi gratuite, ce qui même dans une Grande-Bretagne post- maggie n’est pas le cas.

La spécialité locale était la poterie, la fabrication de vaisselle. La famille Wedgwood était l’un des plus gros industriels. Cette marque ne fabrique plus qu’une vaisselle de luxe, très belle d’ailleurs mais vraiment très chère.

Nous visitons « etruria » sorte de quartier modèle où l’ouvrier trouvait à se loger sur les lieux de son travail. L’usine est toujours là au bord de l’eau.

La grosse machine qui actionne tout l’ensemble est mise en route une fois par mois par une équipe de bénévoles passionnés.

Je n’ose même pas imaginer quel vacarme devait régner ici quand l’usine fonctionnait. La machine actionne tout un système de broyage d’os et de cailloux. Dans de grands bacs de bois cerclés comme des fûts à vin, d’énormes axes munis de pales en bois tournent sur des cailloux éclatés au préalable dans une cheminée pour en faire comme une poudre blanche, dont un reliquat pulvérulent est toujours présent partout dans l’atelier.

La silicose a du avoir de beaux jours ici !

C’est donc une porcelaine faite de kaolin, d’os, de pierre…si j’ai bien compris toutefois, car là comme ailleurs il n’y a pas de traduction en Français. Le résultat est une porcelaine opaline, d’un blanc un peu translucide.

C’est vrai que les tasses Wedgwood vues au « printemps » ont gardé cette particularité. Certains modèles sont superbes mais bien que soldés elles coûtent encore plus de 60 euros la pièce !

Nous longeons un petit canal et suivons l’activité de jeunes retraités, apparemment des bénévoles d’ « etruria » qui actionnent manuellement les portes des écluses du canal pour laisser passer des petits bateaux de plaisance.

Les maisons comme souvent en Angleterre sont toutes mitoyennes et en brique rouge, très coquettes, elles possèdent toutes un petit terrain qui donne sur le canal. Et ce terrain est l’occasion de laisser libre cours à des fantaisies de jardiniers en herbe.

Et si ce petit bout de propriété agissait comme un exutoire, un petit espace de rêve ?

La décoration de l’intérieur des maisons est le pré-carré féminin, il reste aux hommes ce petit bout d’ extérieur qu’ils peuvent organiser, modeler, habiter psychiquement en y recréant une nature fantasmée qui abrite leurs héros et leurs monstres. Y construire des petites grottes en béton et y cacher des petits nains grimaçants ou y construire de faux puits dont ils repeignent tous les ans avec soin la chaîne qui ne descend nulle part.

Que peut bien raconter ce monsieur à la grenouille en plastique posée sur la margelle de son puits ? Et pourquoi tel autre choisit-il si longuement l’endroit où il va poser le cerf et la biche achetés à la jardinerie !  Est ce un souci esthétique ? Ou plus une représentation symbolique de l’univers de ses contes d’enfance?

Comme si en regardant cette scénette, cet autel au rêve il pouvait  tomber comme Alice dans un tourbillon lui permettant de changer d’époque et de dimension pour  rencontrer un preux chevalier ou un loup qui parle. C’est là qu’il va trouver un trésor, le sien.

Il joue.

Notre voisin place régulièrement ses nains d’une façon différente. Parfois ils tournent le dos à la maison et parfois ils tournent le dos à la route. Pourquoi ?

Les nains sont toujours en proximité des buissons, comme s’il leur fallait une position de repli, une cachette. Ou alors ces buissons seraient-ils la forêt dont les nains viendraient ? Je me pose toujours tant de questions devant les jardins ouvriers !

Ils sont bien plus qu’un simple potager…Bon,revenons à Stoke!

Ici le long du canal, des moutons et de chèvres en plâtre  regardent l’eau couler. Certains se sont construits de petites cabanes de pêche couvertes où trône un fauteuil confortable. Chez d’autres qui manquent d’imagination on retrouve exactement le même mobilier de jardin ou la même remise à outils en plastique que dans les jardins voisins.

Vite, il faut partir vers Oxford pour trouver un hôtel où dormir.

martine part en Angleterre on your left side

 

Adieu Sheffield. Nous prenons la route pour l’aventure…d’autant plus aventureuse qu’elle est à gauche.

C’est dingue comme changer de côté peut désarçonner. Tout est à l’envers. Claude roule, je dirige. Euhh !, je roule et Claude dirige, on ne s’en sort plus. Dès que je dis : attention à droite, nous regardons tous les deux à gauche et inversement.

Le monde me semblait tranché de façon très archaïque en deux parties les oui-non, les blanc-noir, les chaud-froid, en bas-en haut, le bien et le mal…tout cela en respectant l’ordre établi par nos hémisphères cérébraux avec la bosse des maths et celle des littéraires, les « synthétiques » et les « analytiques… », tout ça.

J’aurais eu envie de penser qu’il fallait s’insurger contre cette dichotomie. Que c’est elle qui réduit notre vision à un monde manichéen dans ce désir de ranger tout d’un côté ou tout de l’autre.

Rien n’est blanc et rien n’est noir…c’est gris clair ou gris foncé. De même que quelque chose peut être plus ou moins tiède, plus bas ou moins haut, et qu’il est parfois difficile de définir ce qui est bien ou mal sans compter que les deux peuvent être mêlés !

Mais là, la réalité est toute autre. C’est tranché. La gauche est à gauche et la droite est à droite. Y a pas photo. Cela n’a rien d’abstrait.

Les moyens termes nous mèneraient à la catastrophe…

Il faut rouler à gauche. Obligé.

 

Si les Anglais sont « so typically british »…serait ce parce qu’ils roulent à gauche ?

Des siècles de latéralisation contraire les mèneraient ils à penser leur monde autrement que nous ? La différence est si difficile à définir entre le monde anglais et le continent. Mais elle est là et elle est puissante.

C’est si radical cet écart qui pourtant n’est que pure forme.

 Je me plais à considérer et à l’observer chez moi : -rouler à droite me semble « normal », rouler à gauche est une hérésie, une fantaisie de snobs ou de pervers.

C’est en quelque sorte ce qui détermine chez moi la perception du monde britannique. Ils sont décidément spéciaux, et ce qui le symbolise est cette obstination à rouler à gauche !

En même temps, s’il fallait faire un décompte des « rouleurs à gauche » sur la planète ! Entre la Birmanie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande etc. C’est plus qu’un caprice d’insulaire.

Comme quoi, bien que je désire sortir du monde binaire, je définis ou mieux que définis, je vis dans un univers où certaines choses me paraissent normales, et leur contraire me paraît anormal et non pas tout juste différent.

Je serais toujours confrontée à un implicite réactionnaire chez moi, c’est comme ça, il faut que je m’y fasse.

Lors de notre premier séjour en Grande-Bretagne, nous étions dans une pension de famille avec un groupe de personnes âgées. L’une d’elles Barbara n’était pas contre l’existence du tunnel sous la manche, et acceptait de ce fait de cesser cette rupture entre le continent et l’île. Tous ses compatriotes la regardaient comme un oiseau rare, une bizarrerie de la nature.

Pour eux il n’était pas question d’apporter des arguments, de justifier un choix. C’était une position identitaire. Les îliens tenaient à le rester, parce qu’on ne peut tout simplement pas agir contre la nature.

Il leur semblait que se « raccorder » au continent signifiait en même temps se polluer, se contaminer… on allait droit à la catastrophe.

 Barbara était une visionnaire selon eux, à mi chemin entre Dieu et le dr Mabuse. Son indifférence à s’unir au continent transcendait la notion d’identité…Ce peu de cas qu’elle faisait de son identité britannique l’étiquetait en « originale ». On la laissait rêver ses douces fantaisies en souriant comme on sourit aux belles histoires qu’inventent les enfants.

Tout cela pour dire que l’identité britannique n’est pas qu’ une histoire de rouler à gauche. Ceci n’est qu’un petit signe visible, une sorte d’émergence, la neuvième partie de l’iceberg qui laisse entendre que tout le reste est certes caché mais il est bien là.

martine rencontre Alice

 

D’un pays à l’autre, quand bien même nous sommes très proches, il y a des particularités, des détails que l’on croit ne pas trouver chez soi.

Si certains d’entre vous ont vu « Greystoke » le film avec Christophe Lambert, ils  ont peut-être repéré comme moi que les chiens dorment sur les lits et les canapés. Dans d’autres films anglais, je me suis appliquée à vérifier ces détails, c’est à dire le traitement fait à l’animal domestique.

Les Anglais, en particulier les Anglais fortunés et nobles possèdent pleins de chiens et les laissent entrer partout, ils vivent avec. De plus l’anthropomorphisme est roi. Ici à Chatsworth, je scrute les thématiques des toiles.

Des groupes de chiens, bouledogues, cockers, épagneuls et caniches jouent sérieusement aux cartes ou discutent. Dans les portraits de princesses et  de duchesses, les bichons posent  sur leurs genoux, le lévrier irlandais regarde le peintre. On fait faire le portrait du chien préféré posant fièrement devant un domestique. Le chien est adulé.

Pourtant les représentations de chasse à courre, de chasses au renard présupposent des actes d’une grande cruauté. Somme toute, entre petits canidés on aurait pu s’attendre à plus de mansuétude.

Mais qui d’entre nous est à l’abri des contradictions !

Puis je pense à la statuaire. Ce ne sont pas uniquement des représentations d’animaux. Les animaux ont une attitude, un regard… Les lions immenses sur leurs piliers se lèchent les papattes avec des mimiques de chatons. Le sanglier est assis là comme s’il attendait qu’on lui serve une pinte au bistrot. Le loup semble féroce, on voit ses dents, ses griffes sont démesurées.

Il y a une sophistication animalière très british…Les animaux sont « humanisés » certes mais n’en restent pas moins sauvages et surtout indéfinissables, en retour bizarrement on saura que l’humain est à l’égal de la bête. Sophistiqué et énigmatique.

C’est le monde d’Alice au pays des merveilles avec son lapin et son chat bizarres. Doués de parole et imprévisibles.

Dans le parc de Chatsworth un lion fabuleux, tout noir et hirsute semble sortir tout droit des cheminées de l’enfer, un lapin gracile joue le discobole…

C’est un parc fabuleux aux arbres étranges, certains exotiques d’autres endémiques. A la fois ordonné et sauvage, une alliance du jardin anglais et du jardin à la française avec des petits coins, des murailles où se cachent des faunes. Un mélange de sculptures modernes et anciennes. Une étonnante tête de jeune fille en marbre veiné est posé dans le milieu d’une allée avec une forte perspective d’où la ligne verticale du visage semble comme enserrée par les lignes verticales des buis. On y regarde à deux fois ne sachant pas trop si cette sculpture est proche ou éloignée, si elle est réelle ou si c’est une image projetée.

D’autres buis sont taillés comme des zizis et penchent plus ou moins !

Des cascades artificielles jaillissent de la colline. Ailleurs un large escalier d’eau coule tranquillement vers le château.

Un lieu, pour jouer, se cacher, avoir peur et se perdre.

Du coup le château gagne en amabilité. Il me plait plus. Je me suis apprivoisée, je me suis faite à ce carré fastueux qui tempère la fantaisie  délirante du parc. Il est presque rassurant sous ce ciel tourmenté. Des cumulus, noirs et blancs portent leurs ombres immenses sur les arbres et les prés.

Il pleut puis le soleil resplendit.

martine part en Angleterre Chatsworth

 

Chatsworth, un château. Pour être plus juste, un palais.

Quoique le mot palais évoquerait beauté, faste, luxe et… princesse.

Soit. Va pour faste et luxe. Mais pour beauté, faut voir !

Le château est immense, immensément carré.

Le site en revanche est exceptionnel.

De larges espaces engazonnés, l’eau omniprésente et les arbres d’un parc fabuleux sont un écrin à ce bâtiment très planplan construit selon le style baroque au 17ème siècle.

Et la princesse n’est qu’une duchesse !

Duc et duchesse du Devonshire habitent ici. Bien que nous soyons dans le Derbyshire.

Après avoir vu Chambord et Chenonceau…il est difficile de rivaliser. Il manque la grâce, le souffle épique.  Dans le chateau tout est ostentatoire. Ici avant tout on montre, on expose.

Venant de Sheffield, presque seule dans cet autocar interurbain qui dessert toute la région, je trouve en arrivant autant de touristes que dans les châteaux de la Loire. Ils se bousculent à l’entrée du parking qui en voiture, qui en camping-car.

D’où viennent ils ?

C’est la première fois que je côtoie des touristes anglais. La plupart sont de jeunes retraités, des familles de classe moyenne…Rien à voir avec le prolétariat de Sheffield.

Pas moyen d’avoir des audioguides en français. Je suis vouée une fois de plus à la traduction-devinette.

Je déambule, très entourée, dans des salles immenses et inhospitalières dont la seule vocation semble être de montrer le butin de guerre et de colonisation de la perfide Albion. Quelle accumulation d’objets exotiques, vases chinois, tapis, meubles, vaisselle. Dans certaines salles j’ai une impression d’empilement comme dans une caverne d’Ali baba.

C’est un intérieur où on a l’impression d’être à l’extérieur ! C’est trop grand. Les murs sont sculptés de fausses colonnes, de médaillons d’hommes célèbres, d’angelots, de feuilles, de fruits…  les escaliers sont immenses, les mezzanines sont des balcons ventrus.

Comme si c’était le moule d’un gâteau renversé, avec les reliefs à l’intérieur. J’aurais pu voir ces balcons, ces escaliers et ces sculptures dehors, en façade.

J’ai même cru un instant que le mur vers la cour avait été posé dans un deuxième temps et que cet intérieur était d’abord dehors.

Pour couronner le tout, les plafonds sont des peintures sombres de ciels orageux avec des personnages à demi-nus qui flottent là les membres bizarrement tournés, un peu comme si on voyait d’en dessous un groupe de personnes qui apprennent à nager.

Dans les espaces plans entre les sculptures, des tentures, représentations de chasse, de bataille ou de scènes mythologiques contribuent à cette atmosphère de pesanteur et de fatuité. Et pour ceux qui douteraient encore de la fortune des propriétaires…les boiseries des escaliers sont dorées, les huisseries sont dorées y compris à l’extérieur. Il y a de quoi donner la nausée.

Mais pas partout. Ceci est visiblement pour la part publique du château. Il reste les appartements privés. Là enfin, on découvre le mobilier local. Dans un but peut-être d’alléger l’ensemble et d’intéresser ce public qui comme moi n’est pas très touché par l’expression du faste, l’équipe de conservateurs a organisé une animation. Dans une chambre à coucher, une dame s’habille avec les vêtements du 18ème siècle et montre toutes les couches de vêtements de jour, de soirée, de nuit que portaient les grandes dames. Nous passons après dans un « dressing » où nous pouvons regarder, même toucher ce type de vêtements. Il y a bien plus de public intéressé ici que dans les grandes salles.

Toute l’intimité qui manquait avant est surmultipliée ici. Les chambres sont magnifiques bien que la décoration soit très foisonnante. Les papiers peints sont peints à la main. Sur fond vert d’eau, des ramages blancs, des papillons, des oiseaux, des fleurs entourent le lit à baldaquin lui-même baldaquiné de motifs végétaux. Là encore on est à l’extérieur !   Mais pas le même. Ce serait comme si le lit était accroché  dans la forêt vierge d’où on aurait effacé tout aspect gênant. Sans serpents, insectes, larves et pluie…

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